Cher Monsieur Canova,
Ou, plutôt, devrais-je dire 'Cher Maître', car vous êtes bien certainement un Maître ès Arts, un des plus illustres qui furent de tous temps.
Je ne sais point si je dois me réjouir de vous avoir enfin connu car nous avons vécu en de bien différentes époques et avec des gouvernants bien contreposés.
Toutefois, la recherche de la beauté, que j'ai tenté d'exercer dans la langue française, a sa contrepartie dans la recherche de la beauté tout-court que vous avez exercé lors de votre existence et de votre vie artistique.
Je ne puis que m'extasier à la vue de cette sculpture sublime que vous réalisâtes pour Madame Paolina Borghese, née Bonaparte et qui est aujourd'huy exposée à Rome dans cette délicieuse petite galerie d'art dans le Parc Borghese qui, tel un écrin , contient des gemmes que l'on ne peut décrire.
Je m'y rendis récemment, grâce à la machine du temps, et dès que je fus en face de votre chef d'oeuvre, je vous prie de le croire, je ne pus m'empêcher de rester immobile et d'admirer la beauté infinie de votre création pendant un temps suspendu dans le temps.
Madame Pauline est là dans toute sa splendeur et son pouvoir de séduction.
Chaque détail, chaque pli nous rappelle qu'elle n'est pas seulement une sculpture mais un être en chair et en os.
Quelles délices pour nos yeux, pour notre sens de l'esthétique et quelle consolation envers la brutalité qui sévit encore, des siècles plus tard, envers la destruction d'oeuvres que nous pensions immortelles, envers l'éphémère que maints peuples considèrent comme une valeur permanente.
Que dois-je vous dire, Monsieur Canova, sinon 'Merci'.
Merci pour tous ceux qui, nombreux, encore vous admirent, ainsi que celle qui se considère comme
Bien amicalement vôtre.
Marie de Rabutin-Chantal
Marquise de Sévigné

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