Monday, March 25, 2019

MONSIEUR LE PROCHAIN CHEF DE LA RÉPUBLIQUE ALGÉRIENNE

Monsieur,

J'eus l'heur et le privilège de connaître votre pays lors des années qui suivirent l'indépendance de votre grande Nation.

C'était, en ce temps-là, l'époque de Monsieur le Président Boumédienne.
Les entreprises européennes (non seulement françaises mais également allemandes, italiennes, espagnoles) étaient prêtes à investir en Algérie car elles envisageaient des profits (comme toute entreprise commerciale)
et il est bien vrai qu'il faisait bon, en ces temps, d'être à Alger.

Moi, un membre mineur d'une entreprise multinationale Italo-Germano-Française (j'étais officiellement traductrice), j'habitais alors a El-Biar et, avec ma voiture, j'emmenais les jeunes Algériens sur les chantiers
et je me souviens que l'on s'amusait énormément à passer à travers les villages où mes passagers saluaient leurs parents avec joie.

J'avais alors 29 ans, je me promenais tranquillement dans la ville d'Alger et jamais je ne me sentis peu protégée ou menacée.
J'allais faire le marché et je rencontrais les commerçants auxquels j'achetais leurs marchandises - sans d'ailleurs trop marchander - car étant de l'Europe du Nord, le marchandage ne faisait pas partie de ma philosophie.

Un de ces marchands me conseillait d'aller à Tipaza
J'ai encore une tête en pierre - merveilleuse - que j'achetai là-bas.

La question que je me pose est: pourquoi sommes-nous passés d'un rapport somme toute pacifique à un rapport de conflits qui a éloigné des milliers de jeunes Algériens de l'Algérie pour vivre dans des cités (ghettos) en France où ils ne sont plus ni Français ni Algériens.

Car c'est là la question
Donner un avenir aux Algériens
Surtout en Algérie.
Mais un viel homme impuissant géré par des forces militaires peut-il décider pour eux ?

Non, comme une Première Ministre anglaise qui gère un référendum décidé par les vieilles générations ne peut décider du sort des jeunes générations.

Il faut savoir faire un pas en arrière
Tant en Algérie
Qu'en Grande Bretagne

Car le problème est le même
Du haut de mes quelques siècles je suis, avec mes salutations les plus distinguées,
Monsieur,
Votre Correspondante

Marie de Rabutin-Chantal
Marquise de Sévigné

PS. Je m'adresse à un futur gouvernant au masculin car il serait trop utopiste de penser que le prochain chef du gouvernement puisse être une femme...n'est-ce pas ?

Thursday, March 7, 2019

MESSEIGNEURS LES ARCHITECTES

Messires les Architectes Fameux,

Je m'adresse ainsi à vous, en dépit de la bienséance, qui voudrait que je cite chacun de vos noms et qualités.
Mais vos noms et titres seraient trop nombreux, à partir de ce premier hominide qui mit pierre sur pierre pour construire un abri qui fût agréable à la vue et fonctionnel à ses occupants.

L'architecture n'est point, contrairement à ce que l'on perçoit aujourd'hui, l'apothéose d'un homme par la publicité mais la reconnaissance du génie d'un homme qui a compris l'essence même de l'architecture.

Je connus un homme (qui n'était même pas architecte, mais comprenait mieux que tant d'autres le concept de l'architecture) qui me dit un jour: construire, cela commence à partir de l'être humain (ou, comme il le disait si bien en Italien "Il costruire comincia con l'Uomo")

Comment, sinon, comprendre les horreurs que des soi-disant architectes ont pu concevoir dans les banlieues
en France et ailleurs qui ne sont plus des habitations mais moins que des fourmilières.
Car, voyez-vous, dans les fourmilières, il y a du génie qui tient compte des besoins et des exigences des individus et des communautés.

Ces atroces constructions en béton armé qui n'ont d'autre but que de faire enrichir des constructeurs ont perdu toute dignité d'être définies habitations.

Elles sont la négation de ce que l'architecture devrait être: un lieu idéal de rassemblement qui comprenne le présent et, surtout, pour ceux qui vont y habiter, un futur. Un futur autre que la survivance.
Un futur qui puisse déraciner le sentiment d'abandon, de solitude, d'inéluctabilité.

L'architecture peut donner un futur à des communautés qui n'ont plus rien à perdre et donc n'attendent plus rien. Elle peut aider à construire, car c'est sa vocation. L'architecture DOIT naître en fonction des attentes des populations qu'elle devra non seulement abriter mais aussi aider, développer, dans leurs besoins et dans leurs aspirations.

L'achitecture des soi-disant cités doit penser au futur de ses habitants.
De quoi a besoin la population d'aujourd'hui? C'est cela la question que nous devons nous poser.

Aujourd'hui, surtout dans certains pays qui ont des territoires encore largement non-habités, il est opportun de penser à de moyens agglomérats qui comprennent des fonctions essentielles, en somme, arrêtons de construire des cités et pensons à construire des villages, de petites agglomérations qui tournent autour du Tabac-journaux; de l'épicerie, de la boulangerie et formons des jeunes aux professions requises par ces villages: le vétérinaire, le médecin généraliste, le notaire.
Repensons, en somme, les "cités" aliénantes en termes de petites communautés construites autour de citadelles de services comprenant, naturellement, un hôpital, un hôtel de police, des services communs (poubelles, etc).

L'architecture doit être au service des personnes et non au-dessus d'elles.
Si nous ne comprenons pas cela, et ne le faisons pas comprendre à nos gouvernements, nous serons bientôt dans des habitats qui rappellent Blade Runner de Ridley Scott (1982) https://www.imdb.com/title/tt0083658/

Vous pouvez voir, Messires, que je suis loin d'ignorer les temps qui courent et, de mon XVIIème siècle, je me renseigne assez bien.

Je vous implore de penser moins à vous-mêmes et un peu plus à ces populations que vous utilisez comme de petits personnages sur vos simulations en 3D.

Marie de Rabutin-Chantal
Marquise de Sévigné