Mon Cher Rostand,
Il me vient à l'esprit, en ces jours si sombres, en cette époque où l'obscurité semble
gagner du terrain sur la raison, de maints écrits et mots qui vous sont dûs et
que je n'oublie point.
Si votre père fut un auteur que nous pouvons à bon escient aujourd'huy définir
classique - définition réductive car son Cyrano, son Aiglon, etc, sont beaucoup
plus que de beaux textes de théâtre - vous lui avez démontré que les fils sont
quelquefois dignes, au delà du possible, des facultés intellectuelles de leurs pères
(et mères, permettez-moi d'ajouter).
J'ai récemment relu certains de vos ouvrages que j'avais appréciés lors de mon
plus jeune âge. Je n'y ai rien vu que je ne puisse apprécier en ces jours.
Quelques phrases, plus particulièrement prises de votre "Pensées d'un Biologiste",
me frappèrent et façonnèrent ma pensée.
Entre toutes, en ces jours où l'Intelligence Artitificielle devient réalité, je cite:
"Le surhomme? Peut-être fabriquerons-nous un jour ce qui nous comprendra."
(Notes d'un Biologiste, 1954). C'était il y a 63 ans.
Mais, en ces temps où toute religion est motif de guerres sans pitié, sans règles,
sans un sens logique, je veux également citer
"On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d'hommes, on est un
conquérant. On les tue tous, on est un dieu"
Que pourrions-nous ajouter en guise de commentaire, qui ne soit superflu?
Simplement que nous avons besoin, à présent que l'obscurité s'accroît sur cette
petite planète, de penseurs qui, comme vous, ne s'attachent point au jour le jour;
des penseurs qui voient plus loin que les sites sociaux de messages instantanés.
Des penseurs qui pensent et ne poursuivent point des modes pourront peut-être
nous apporter cette lueur qui s'appelle "espoir".
Je suis, Cher Rostand, avec beaucoup de gratitude
Votre admiratrice
Marie de Rabutin-Chantal
Marquise de Sévigné
https://en.wikipedia.org/wiki/Jean_Rostand
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