Thursday, September 14, 2017

MONSEIGNEUR, CARDINAL DE RICHELIEU

Monseigneur,

Je lis dans les chroniques de ces temps, tout autant tumultueux que ceux de notre époque (car nos biographies se croisent, n'est-ce pas?) que de nombreux conflits religieux causent bien des victimes
un peu partout dans ce monde que nous pensions avoir découvert comme un nouvel Eden.

Je ne puis que regretter que les tous les Chefs d'Église de ces jours aient moins de jugement et de pragmatisme que celui dont vous fîtes preuve lors de l'Édit de Nantes qui, quoique signé par notre bon Roy Henry IV, fut essentiellement votre oeuvre.

Que cet Édit ait ensuite été abrogé par Louis XIV démontre combien les politiques sont myopes par rapport aux vrais stratèges qui voient loin.

C'est ce qui advient en ces jours où, après quelques décennies de paix religieuse (relative), de nouveaux foyers de destruction naissent un peu partout.

Quoique je ne puisse me dire une admiratrice de Messieurs Marx et - surtout - Hegel qui lui inspira ses textes, je dois toutefois admettre, obtorto collo, qu'ils avaient vu clairement quelle serait l'arme des conflits à venir: les religions et, surtout, le pouvoir que ces religions donnent sur des populations illettrées, craintives,
dépendantes de quiconque ait un minimum d'ascendance sur elles.

Je ne parle pas seulement du tiers-monde, mais également de peuples que nous croyons civilisés.
Tels que, par exemple (ah! Monsieur le Marquis de la Fayette) les États-Unis d'Amérique où, des siècles après l'abolition de l'esclavage, nombre de bien-pensants rejettent les populations importées simplement parce que leur peau n'est pas blanche. Nombre de prélats les guident en cette indécente croisade.

En cette époque, Monseigneur, où l'on pense de coloniser des planètes lointaines, ne serait-il point le cas de coloniser - avant tout - notre propre planète de façon à la faire raisonner comme vous le fîtes en 1598 ?

Je vous prie de m'excuser si j'ai abusé de votre temps et de votre patience. Je ne pouvais, en aucun cas, adresser ces pensées qu'à votre Éminence et suis certaine que votre intelligence me vaudra votre indulgence.

Je suis, Monseigneur, avec toute mon admiration

Votre Humble Servante
Marie de Rabutin-Chantal
Marquise de Sévigné

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