Je suis consciente que des siècles nous séparent mais il existe un espace intemporel dans lequel ce qui est beau l'est pour tous.
Aujourd'hui, 31 août, concédez-moi le privilège - si tant est que cela soit nécessaire - de parler de vous, de votre originalité et de la musique qui résonne dans vos vers et vos textes, même les plus sombres.
Il est vrai que la date de votre décès en 1867 ne devrait pas être un événement heureux, mais puisqu'elle fut le début de votre immortalité, elle le devint.
Je prise trop la règle de la concision (hélas devenue si obsolète de nos jours, surtout dans notre monde politique) pour écrire un panégyrique.
La Toile le fait bien mieux que moi.
Il suffit que je cite un de vos poèmes, entre tous, qui j'en suis certaine, plaira à qui aime la mer, ce monde
infini et toujours recommencé, pour - une fois encore - illustrer votre profondeur et votre art.
Je suis, Cher Monsieur, en toute admiration
Votre indéfectible estimatrice
Marie de Rabutin-Chantal
Marquise de Sévigné
Charles Baudelaire
L'Homme et la mer
Homme libre, toujours tu chériras la mer!
La mer est ton miroir; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
La mer est ton miroir; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets:
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!
Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables!
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables!
— Charles Baudelaire
Man and the Sea
Free man, you will always cherish the sea!
The sea is your mirror; you contemplate your soul
In the infinite unrolling of its billows;
Your mind is an abyss that is no less bitter.
The sea is your mirror; you contemplate your soul
In the infinite unrolling of its billows;
Your mind is an abyss that is no less bitter.
You like to plunge into the bosom of your image;
You embrace it with eyes and arms, and your heart
Is distracted at times from its own clamoring
By the sound of this plaint, wild and untamable.
You embrace it with eyes and arms, and your heart
Is distracted at times from its own clamoring
By the sound of this plaint, wild and untamable.
Both of you are gloomy and reticent:
Man, no one has sounded the depths of your being;
O Sea, no person knows your most hidden riches,
So zealously do you keep your secrets!
Man, no one has sounded the depths of your being;
O Sea, no person knows your most hidden riches,
So zealously do you keep your secrets!
Yet for countless ages you have fought each other
Without pity, without remorse,
So fiercely do you love carnage and death,
O eternal fighters, implacable brothers!
Without pity, without remorse,
So fiercely do you love carnage and death,
O eternal fighters, implacable brothers!
— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)

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