Monsieur le Prince Klemens Von Metternich,
Vous me fûtes indiqué par Monsieur de Talleyrand comme étant son meilleur et plus illustre adversaire.
C'est tout dire !
Car, enfin, Monsieur de Talleyrand était certain d'être le meilleur, le plus agile et informé de tous les diplomates.
Puis-je dire que j'eusse aimé - dans un projet un peu fantasque - de voir vos deux personnes (et intelligences) unies pour dessiner une Europe qui ne fût point seulement politique, point seulement le raccomodement de blessures atroces mais le début d'une Nation qui pût unir toutes les ethnies, les traditions, les habitudes des gens de pays et us divers.
Nous nous faisions à cette idée, encore qu'avec beaucoup de difficultés.Car enfin, passer d'une frontière à l'autre, d'un jour à l'autre, avec tout juste une Carte d'Identité, est assez surprenant.
Mais voilà que des berges d'Afrique, de ces anciennes colonies, arrivent aujourd'hui des multitudes de personnes dont nous ne savons rien.
Nombre de ces personnes fuient des guerres intestines.
Ce qui m'étonne, Monsieur, c'est que ce ne sont pas les plus faibles qui fuient.
Ce sont les plus jeunes, les plus forts qui sont censés lutter pour les idées qu'ils professent.
Mais si les plus forts s'en vont, qui restera-t-il pour défendre leurs ideaux ?
Entretemps, quelle est leur vie en Europe?
Nombre d'entre eux est happé par les organisations criminelles.
Ce faisant, les autoctones deviennent de plus en plus intolérants car les petits délits (ceux que les forces de l'ordre n'enregistrent même plus) continuent de croître: vols, harassement, etc).
C'est ainsi que croît la haine entre ceux qui ont peu et ceux qui n'ont rien.
Avec la différence que ceux qui ont peu répondent à la loi mais ceux qui n'ont rien n'y répondent pas car ils n'ont rien à perdre.
C'est une perspective assez grise, Monsieur, et qui ne trouve de solution à bref ou moyen terme.
Tout l'argent envoyé aux anciennes colonies n'a qu'enrichi les satrapes au pouvoir, sans alléger les malheurs des populations, à tel point que celles-ci étaient moins à plaindre à l'époque des colonies au'aujourd'hui.
Vous avez assurément plus de réponses que je ne puis me donner et vous saurais gré de m'en faire part.
Avec mes sentiments les plus admiratifs
Marie de Rabutin-Chantal
Marquise de Sévigné
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